L’élection d’un nouveau pape est un événement majeur dans la vie de l’Église. Il est donc naturel de chercher à mieux connaître notre Pape François et de nous mettre à son écoute. Nous avons collecté ici quelques-uns des propos de notre Pape François, en lien avec ce que nous vivons dans le synode diocésain.

L’œuvre de l’Esprit Saint dans l’Église

Lorsque le Cardinal Bergoglio parle en novembre 2007 de son expérience à Aparecida, lors de la 5e conférence générale des évêques d’Amérique latine[1], il y a pour lui une certitude forte : l’harmonie vécue au sein de l’assemblée était un fruit du Saint-Esprit. Et cette certitude s’étend à toute la vie de l’Église. Dans l’Église, l’harmonie est l’œuvre du Saint-Esprit. Un des premiers Pères de l’Église a écrit que l’Esprit Saint est lui-même l’harmonie (ipse harmonia est). (…)  Seul l’Esprit peut engendrer la diversité, la pluralité, la multiplicité et en même temps réaliser l’unité. En effet, lorsque c’est nous qui décidons de créer la diversité, nous créons des schismes ; et lorsque c’est nous qui décidons de créer l’unité, nous créons l’uniformité, le nivellement. (…) L’harmonie est perçue non pas comme passive, mais créative ; elle suscite la créativité car elle vient de l’Esprit.

Depuis le début de notre cheminement synodal, nous prions ensemble l’Adsumus. Répondant ainsi à l’invitation de notre Évêque, nous ne cessons de demander la grâce de l’Esprit Saint pour que le synode diocésain de Tournai puisse vivre cette harmonie qui pousse à la créativité. Rechercher l’harmonie ne signifie pas prôner une pensée unique, une seule voie qui serait imposée à tous. Au contraire, cela signifie rechercher l’articulation la plus parfaite entre les différences, les convergences au départ des différences. Si le synode n’est pas un grand forum où chacun se bat pour ses propres idées, c’est bien parce que nous croyons en l’action du Saint-Esprit. Depuis la phase de consultation jusqu’au travail de l’assemblée, nous pouvons constater à la fois une riche diversité dans les sujets abordés et une grande convergence dans le discernement. Et même si le travail est loin d’être fini, nous pouvons déjà témoigner de l’enrichissement de perceptions différentes qui se réunissent dans un texte partagé et passionné. Laissons donc l’Esprit nous guider jusqu’au bout du synode. Il nous fera ressentir l’urgence missionnaire de porter l’Évangile.

Le 15 mars dernier, c’est-à-dire très peu de temps après son élection, le Pape François s’est adressé aux Cardinaux réunis : c’est le Christ qui guide l’Église par son Esprit. L’Esprit Saint est l’âme de l’Église avec sa force vivifiante et unifiante : d’une multitude il fait un seul corps, le Corps mystique du Christ. Ne cédons jamais au pessimisme, à cette amertume que le diable nous offre chaque jour ; ne cédons pas au pessimisme et au découragement : nous avons la ferme certitude que l’Esprit Saint donne à l’Église, par son souffle puissant, le courage de persévérer et aussi de chercher de nouvelles méthodes d’évangélisation, pour porter l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Ac 1,8). La vérité chrétienne est attirante et persuasive parce qu’elle répond au besoin profond de l’existence humaine, annonçant de manière convaincante que le Christ est l’unique Sauveur de tout l’homme et de tous les hommes. Cette annonce reste valable aujourd’hui comme elle le fut au début du christianisme, quand s’opéra la première grande expansion missionnaire de l’Évangile.

Audace de la fidélité et de la nouveauté

Pour le Pape, la mission de l’Église est constamment de porter le Christ Jésus à l’homme et conduire l’homme vers la rencontre avec Jésus-Christ qui est la Voie, la Vérité et la Vie, réellement présent dans l’Église et contemporain en chaque homme. Cette rencontre invite à devenir des hommes nouveaux dans le mystère de la Grâce, suscitant en l’esprit cette joie chrétienne qui constitue le centuple donné par le Christ à qui L’accueille en sa propre existence. (15 mars 2013) Ce double échange, du Christ à l’homme et de l’homme au Christ, est au cœur de la sacramentalité de l’Église, pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Mais si la mission est toujours essentiellement la même, nous devons oser la nouveauté, celle que Dieu nous demande. Rester fidèle implique un appel à sortir. Précisément, si l'on reste dans le Seigneur, on sort de soi-même. Paradoxalement, précisément parce que l'on reste, précisément si l'on est fidèle, on change. (…) La fidélité est toujours un changement, une floraison, une croissance. Le Seigneur apporte un changement dans ceux qui lui sont fidèles. (…) Pour moi le courage apostolique, c’est la diffusion : la diffusion de la Parole. La donner à cet homme et à cette femme pour qui elle a été offerte. Leur donner la beauté de l'Évangile, l'étonnement de la rencontre avec Jésus ... et laisser à l'Esprit Saint de faire le reste. C'est le Seigneur, dit l'Évangile, qui fait croître la semence et lui donne de porter du fruit. (novembre 2007)

Une autre façon de voir la fidélité est la recherche constante de la convergence entre l’Évangile et les circonstances de la vie auxquelles nous sommes confrontés. Le synode est en soi un bel exercice de fidélité : comment rester fidèle à l’Évangile alors que les circonstances de la vie de notre Église diocésaine ont évolué. Le but du synode diocésain n’est certainement pas de devenir un groupuscule de penseurs en chambre. Ensemble, depuis plus d’un an, nous cherchons comment répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (LG1). Les 4 thématiques ouvertes par notre Évêque nous invitent à sortir de nos habitudes pour semer avec audace la Bonne-Nouvelle du Ressuscité et chercher ainsi à Le faire connaître authentiquement… tout en laissant la grâce agir au-delà de notre fragile témoignage.

Les surprises de Dieu

Le Saint-Père connaît bien la nature humaine : il sait les difficultés naturelles face à la nouveauté. La nouveauté souvent nous fait peur, mais aussi la nouveauté que Dieu nous apporte, la nouveauté que Dieu nous demande. Nous sommes comme les Apôtres de l’Évangile : nous préférons souvent garder nos sécurités, nous arrêter sur une tombe, à une pensée pour un défunt, qui à la fin vit seulement dans le souvenir de l’histoire comme les grands personnages du passé. Nous avons peur des surprises de Dieu. Chers frères et sœurs, dans notre vie nous avons peur des surprises de Dieu ! Il nous surprend toujours ! Le Seigneur est ainsi. (Homélie de la veillée pascale, 30 mars 2013)

Et il est vrai qu’au début du synode, il y a eu beaucoup d’inquiétudes et d’hésitations : « un synode ? à quoi bon ? pour que faire ? » Et puis, en entamant le cheminement, nous avions peut-être d’excellentes idées sur ce qu’il fallait absolument changer et sur ce qu’il était indispensable de faire… Mais avec le temps et le discernement, nous comprenons que nous avons surtout à nous mettre à l’écoute de Dieu. Oui, aujourd’hui encore, nous devons accepter de nous laisser bousculer dans nos habitudes et nos certitudes : nous laisser surprendre par l’Esprit Saint. C’est la disponibilité accueillante de notre cœur tout au long du synode qui nous permet d’être comblés par les surprises que Dieu nous réserve.

En 2007 déjà, pour expliciter cela, le Cardinal Bergoglio partait de l’épisode biblique de Jonas. Pour Jonas, tout était clair. Il avait des idées claires au sujet de Dieu, des idées très claires sur le bien et le mal. Sur ce que Dieu fait et ce qu'Il veut, sur qui était fidèle à l'Alliance et qui au contraire était à l'extérieur de l’Alliance. Il avait la recette pour être un bon prophète.

Dieu fit irruption dans sa vie comme un torrent. Il l'envoya à Ninive. Ninive était le symbole de tous ceux qui étaient séparés ou perdus, de toutes les périphéries de l'humanité. De tous ceux qui sont à l'extérieur, abandonnés. Jonas a compris que la tâche qui lui était confiée consistait seulement à dire à tous ces gens que les bras de Dieu étaient encore ouverts, que la patience de Dieu était là et les attendait, pour les guérir par Son pardon et pour les nourrir de Sa tendresse. C’est seulement pour cela que Dieu l’envoyait. Il l'envoyait à Ninive, mais lui, il s’est plutôt enfui dans la direction opposée, vers Tarsis.

Ce n’est pas qu’il fuyait une mission difficile, non. Ce n’était pas tellement Ninive qu'il fuyait ; mais plutôt l'amour infini de Dieu pour ces gens. C'est cela qui ne rentrait pas dans ses plans. Dieu était venu une fois ... ‘et je vais voir pour le reste’: c'est ce que Jonas se disait. Il voulait faire les choses à sa façon, il voulait tout diriger. Son entêtement l'enfermait dans ses propres structures d'évaluation, dans ses méthodes prédéfinies, dans ses opinions vertueuses. Il avait clôturé son âme avec le fil barbelé de ces certitudes ; et au lieu de donner la liberté à Dieu et de s’ouvrir lui-même à des horizons de plus grand service des autres, ses certitudes avaient fini par assourdir son cœur. Combien la conscience isolée peut endurcir le cœur! Jonas ne savait plus que Dieu conduit son peuple avec le cœur d'un père.

Nos certitudes peuvent devenir un mur, une prison qui enferme le Saint-Esprit. Ceux qui isolent leur conscience du chemin du peuple de Dieu ne connaissent pas la joie de l'Esprit Saint qui soutient l'espérance. C'est le risque encouru par la conscience isolée. La conscience de ceux qui, depuis le monde fermé de leur Tarsis, se plaignent de tout ou, sentant leur identité menacée, se lancent dans des batailles pour, finalement, être encore plus occupés d’eux-mêmes, faire encore plus référence à eux-mêmes (être auto-référentiels). (novembre 2007)

La mondanité spirituelle

Mais une chose tracasse intensément notre Pape, un écueil sur lequel il souhaite attirer l’attention de tous : La pire chose qui pourrait arriver à l’Église est ce que De Lubac appelle la « mondanité spirituelle ». C’est bien le plus grand danger pour l'Église, pour nous, qui sommes dans l'Église. « Elle est pire », explique De Lubac, « plus désastreuse que cette lèpre infâme qui avait défiguré l’Épouse aimée au temps des papes libertins ». La mondanité spirituelle, c'est se mettre au centre. C'est ce que Jésus vit parmi les Pharisiens : « ... Vous qui vous glorifiez. Qui vous rendez gloire à vous-mêmes, les uns aux autres ». (novembre 2007)

Le 14 mars dernier, dans une homélie devant les Cardinaux, le Pape exprimait autrement cette même idée : Nous pouvons marcher comme nous voulons, nous pouvons édifier de nombreuses choses, mais si nous ne confessons pas Jésus-Christ, cela ne va pas. Nous deviendrons une ONG humanitaire, mais non l’Église, Épouse du Seigneur. (…) Quand nous marchons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans Croix, nous ne sommes pas disciples du Seigneur : nous sommes mondains (…) mais pas des disciples du Seigneur.

La Vierge Marie est l’humble servante du Seigneur. Elle ne dicte pas à Dieu ce qu’Il doit fait, mais laisse l’Esprit agir en Elle. Et toute sa vie est centrée sur ce mystère de grâce, où Dieu se donne à connaître à toute l’humanité. Ainsi donc, pour agir selon la volonté de Dieu, nous avons à nous mettre à l’école de Marie. Elle est le modèle de la vie et de l’action de l’Église. Pour répondre à notre mission, nous sommes invités, à notre tour, à laisser agir la grâce de Dieu tant dans le cœur de chacun que dans l’Église. Nous pourrons ainsi  conserver cet élan amoureux qui cherche à connaître et à faire connaître la tendresse indicible du Père Miséricordieux.



[1] Cet entretien a été publié dans un article de la revue 30 Giorni. Les autres textes sont postérieurs à l’élection du 13 mars 2013 ; ils sont donc disponibles sur le site du Vatican.